19.04.2006

Téléphone portable et cancer du cerveau. Qu'en pense le corps médical ?

medium_portable.jpgUn article paru hier sur Agoravox a le mérite d'apporter un éclairage relativement large sur un sujet qui fait couler beucoup d'encre et pour cause : "Il y a une quinzaine de jours, une des plus importantes études épidémiologiques concluait que le risque de développer une tumeur au cerveau était de 240% plus importante chez les utilisateurs de portables. Et ceci surtout pour les utilisateurs "précoces" (avant 20 ans) ou intensifs (plus d’une heure par jour). 48 millions de Français ont un portable. Pourtant, l’info est passée très discrètement dans la presse..."

Voici un autre point de vue tout aussi intéressant :

Portable : dormez sur vos deux oreilles ! Date de création : 24 janvier 2006 © Copyright 2005 www.jim.fr

 

« L’extrême rapidité des voyages en chemin de fer est une chose antimédicale. Aller, comme on le fait, en vingt heures, de Paris à la méditerranée, en traversant d’heure en heure des climats si différents c’est la chose la plus imprudente pour une personne nerveuse. Elle arrive ivre à Marseille, pleine d’agitation, de vertige ». Cette condamnation sans appel, qui date de 1861 et est signée d’un des plus grands esprits du 19ème siècle, Jules Michelet, n’est pas sans rappeler les déclarations péremptoires des Cassandre modernes qui, tout récemment encore, nous prédisaient une flambée de tumeurs cérébrales en rapport avec l’utilisation intensive du téléphone portable.

La rumeur était née à la fin des années 90 de certains travaux expérimentaux qui avaient mis en évidence une augmentation de la fréquence des lymphomes ou des sarcomes chez les animaux exposés à des champs électromagnétiques.

Depuis cette date plusieurs études cas-témoins ont été diligentées dans le monde et toutes, sauf une, ont conclu à une absence de majoration du risque de tumeurs cérébrales chez les utilisateurs de téléphone portable.

Aujourd’hui ce sont les résultats d’un travail britannique conduit dans le cadre de l’Interphone Project qui sont publiés.

Il s’agit comme toujours d’une étude cas-témoins puisque aucun travail prospectif longitudinal ne semble pouvoir être conduit sur ce thème en raison de la rareté de ces tumeurs. Elle a comparé 966 cas de gliome cérébraux survenus entre fin 2000 et février 2004 et 1716 sujets contrôles appariés par l’âge et le sexe sélectionnés dans la clientèle des médecins généralistes. Sujets et témoins ont été interrogés sur leur usage du téléphone portable (date de début, fréquence d’utilisation, type d’appareil analogique ou digital…).

Les résultats globaux se sont révélés aussi rassurants que ceux des précédents travaux avec un risque relatif de gliome (ou plus précisément un odd ratio) de 0,94 pour les utilisateurs réguliers de portable par rapport aux non utilisateurs (intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre 0,78 et 1,13). De plus aucune relation entre la durée et la fréquence d’utilisation du portable ou le type d’appareil et la survenue d’un gliome n’a également été mise en évidence.

Cette étude ne mériterait pas que l’on s’y arrête plus longtemps si les auteurs n’avaient voulu aller plus loin et n’avaient pas tenté de déterminer si il existait une corrélation entre l’hémisphère atteint par le gliome et l’oreille habituellement utilisée pour écouter. Or, il est apparu que le risque de gliome homolatéral semblait significativement augmenté avec par exemple 24 % de cas supplémentaires de gliomes de l’hémisphère droit chez les sujets se servant préférentiellement de leur oreille droite pour écouter (IC95 entre + 2 et + 52 %).

Mais cette constatation pour le moins inquiétante et sanctionnée par une significativité statistique indiscutable, est-elle bien le reflet d’une réalité clinique ou biologique ? En d’autres termes n’est-elle pas due à un biais de remémoration lié à ce type d’études cas témoins ?

C’est en tout cas l’avis des auteurs.

Ils soulignent tout d’abord que cette augmentation du risque de gliome ipsilatéral s’accompagne d’une diminution parallèle et tout aussi significative du risque de gliome controlatéral (réduction de la fréquence des gliomes de 25 % du côté opposé à celui habituellement utilisé pour tenir le téléphone avec un IC95 entre 7 et 39 %).

De plus, ils pensent pouvoir expliquer ces résultats par un biais de remémoration chez les sujets atteints. En effet alors qu’il existe dans 64 % des cas chez les contrôles une concordance entre le côté utilisé pour tenir le portable et la main dominante, cette concordance n’était plus que de 59 % chez les sujets souffrants de gliome. Tout se passerait donc comme si les malades, qui connaissent la localisation de leur tumeur avaient tendance à mieux se souvenir d’une utilisation ipsilatérale du portable que d’une utilisation controlatérale. Ainsi, le risque apparent de gliome unilatéral ne serait que le reflet d’un mécanisme psychologique classique qui nous pousse à rechercher une cause extérieure aux maux qui nous frappent. Qu’elle soit divine, immanente ou technologique.

En tout état de cause, ce travail confirme les précédentes études négatives puisque même si l’on admettait une augmentation du risque homolatéral, elle serait totalement compensée par une réduction du risque controlatéral.

Au-delà de cette question, qui n’a pas fini de faire couler beaucoup d’encre, cette publication souligne les dangers, ceux-là bien réels, d’une interprétation hâtive des recherches épidémiologiques, surtout lorsque leur niveau de preuve est faible comme c’est le cas des études cas-témoins.

Dr Anastasia Roublev


Hepworth S et coll. : « Mobile phone use and risk of glioma in adults : case-control study. » Br Med J 2006 ; publication avancée en ligne le 20 janvier 2006 (doi :10.1136/bmj.38720.687975.55). © Copyright 2005 http://www.jim.fr

Commentaires

Par contre téléphoner au volant même avec un kit main libre est dangereux.
Voir la note de e-sante.fr : http://www.e-sante.fr/fr/magazine_sante/sante_prevention_dependance/telephoner_volant_dangereux_kit_mains_libres-8918-150-art.htm

Écrit par : la fourmi | 01.05.2006

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